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Comprendre le vote en ligne – Le devoir

Article écrit par Sandrine Vieira et publié dans Le devoir le 18 septembre 2019

Si les jeunes s’y connaissent davantage sur le plan technologique que les cohortes d’électeurs précédentes, le vote en ligne ne permettrait pas d’augmenter substantiellement leur participation électorale.

C’est l’un des constats tirés du rapport Scrutins en ligne : la voie de l’avenir pour les élections fédérales, effectué en 2017 pour le Bureau du Conseil privé du Canada.

Ses auteurs se sont intéressés à l’incidence du vote en ligne sur la participation des jeunes, considérant qu’ils sont de « grands utilisateurs d’Internet » et que leur taux de participation est plus faible que celui des autres tranches d’âge.

En effet, lors des dernières élections fédérales, le taux de participation des électeurs âgés de 18 à 24 ans était de 57,1 %, comparativement à un taux de 66,6 % chez les 45-54 ans et de 78,8 % chez les 65-74 ans.

Or, des études sur les antécédents en matière de vote et l’âge des électeurs à l’échelle municipale au Canada concluent que « certains jeunes sont motivés à voter lorsque le vote en ligne est offert, mais que leur nombre est modeste ».

Les chercheurs émettent l’hypothèse que lorsqu’il s’agit de leurs premières expériences de vote, les jeunes seraient peut-être attachés à la symbolique que représente l’acte de se présenter en personne au bureau du scrutin.

Avantageuse mais risquée

De manière générale, le vote à partir d’un appareil électronique connecté à Internet comporte plusieurs avantages en regard à la participation électorale, comme le fait de pouvoir voter en tout temps, selon le rapport. Ce mode de scrutin offre une autre possibilité pour les électeurs qui se situent loin de leur bureau de vote, qui n’ont pas accès à un moyen de transport pour s’y rendre, pour les personnes à mobilité réduite ou pour ceux qui manquent simplement de temps. Des communautés autochtones consultées ont également affirmé que cette méthode favorise l’autodétermination.

Le document recense néanmoins des obstacles à l’implantation du système de vote électronique de manière sécuritaire et efficace. Parmi eux figurent notamment le faible niveau de connaissance de la technologie numérique chez les citoyens, l’accès limité à celle-ci, le caractère secret du bulletin de vote, les difficultés liées à l’authentification et à la vérification, les possibilités de fraude et de coercition ainsi que les menaces à la sécurité.

Selon Michael Lahaye, conseiller senior en cybersécurité chez OKIOK, il faut être conscients des nombreux enjeux de sécurité de l’implantation d’un tel système. « S’il y avait, par exemple, une faille dans l’application permettant à un citoyen de voter deux fois, toute la confiance dans le système tomberait, et au niveau de l’élection, on ne pourrait pas se baser sur les résultats, note l’expert. »

« Le portail risquerait d’être accessible de partout dans le monde, il y a donc les menaces internationales qui viennent en ligne de compte, ajoute-t-il. Il faut aussi faire attention aux menaces internes, le système doit être sécuritaire contre les employés qui ont des codes d’accès valides pour opérer le système. »

Dans sa plateforme électorale de 2015, le Parti libéral promettait d’étudier le vote obligatoire et le vote en ligne. En 2017, il a annoncé qu’il n’irait pas de l’avant avec ces propositions de réformes.

Malgré le rejet de la proposition, plusieurs spécialistes sont d’avis que la modernisation des élections est incontournable. « Presque tous s’entendaient pour dire qu’à plus long terme, la technologie deviendra une composante fondamentale des élections au Canada, est-il écrit dans le rapport. Certains spécialistes ont affirmé que la méthode des scrutins en ligne sera probablement adoptée dans la plupart des pays à long terme, tandis que d’autres entrevoient des élections qui se dérouleront entièrement sur Internet grâce à la biométrie ou à d’autres technologies futuristes. » Depuis 2003, le vote en ligne est utilisé lors d’élections municipales en Nouvelle-Écosse et en Ontario.

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