Comme mes billets le laissent voir, j’aime Elasticsearch. Or Elastic, l’entreprise derrière Elasticsearch, a récemment annoncé sa décision de changer la licence de ses produits libres. La communauté a vivement réagi depuis. Voici pourquoi.
Les avantages d’Elasticsearch
Les clients et la communauté du logiciel libre profitaient d’une variété de services offerts par Elastic à travers ses produits, dont Elasticsearch. Elasticsearch est un moteur de recherche distribué offrant plusieurs fonctions qui rendent le traitement des données plus efficace, tout en conservant sa capacité de mise à l’échelle, sa vitesse et sa résilience. Avec les produits qui l’accompagnent, Kibana, Beats et Logstash, Elasticsearch simplifie la visualisation, l’ingestion et la production de rapports. Son autre grande qualité est sa nature distribuable, qui lui permet de traiter d’énormes volumes de données sans compromettre la performance. Il fournit une plateforme de recherche en temps réel qui offre le délai le plus court possible lorsqu’un utilisateur lance une recherche.
La communauté du logiciel libre contribue beaucoup à ce produit, de plusieurs façons: code et documentation, signalements de bogues, rédaction de tutoriels, billets de blogue, et plus encore. Elasticsearch fournissait son code sous la licence Apache v2. Tout cela donnait tout son sens au mot « ouvert » dans « code source ouvert ». Un rapport de macrotrends estime la valeur nette de l’entreprise à 14,33 G$ pour la période 2018-2020, ce qui donne une idée de l’ampleur de sa clientèle, et les revenus générés contribuent en retour à la communauté du logiciel libre.
Le contexte
Le 27 février 2018, le PDG d’Elastic, Shay Banon, publiait un message sur le site de l’entreprise qui se lisait simplement comme l’annonce du nouveau dépôt de code de leurs produits, à la version 6.3. Un nouveau dossier, nommé X-Pack, était créé et tout le code propriétaire y était déplacé sous la licence Elastic, ce que de nombreux clients et membres de la communauté ont vu comme un moyen de favoriser une plus grande collaboration.
Il affirmait que leurs produits devaient rester ouverts, ce qui leur donnait la possibilité de rejoindre un très grand nombre de personnes pouvant contribuer de diverses manières, et même de rendre possible ce qui semblait alors un rêve inatteignable. Il s’engageait même à ce que l’entreprise reste toujours ouverte, comme façon de bâtir ses affaires.
Or, le 14 janvier 2021, Shay Banon annonçait qu’Elastic abandonnait la licence véritablement libre (Apache v2) au profit de la plus récente Server Side Public License (SSPL). La communauté du logiciel libre a été stupéfaite de constater que, pour utiliser les produits Elastic, il fallait désormais accepter les conditions de la SSPL ou de la licence Elastic. Toute nouvelle qu’elle soit, la première prive les organisations de leurs droits de propriété intellectuelle lorsqu’on l’examine à la lumière de l’esprit du logiciel libre en contexte d’affaires:
En utilisant un projet sous SSPL dans votre code, vous acceptez que, si vous offrez un service en ligne à partir de ce code, vous publierez non seulement ce code, mais aussi celui de chaque logiciel de soutien, tous sous SSPL. Il n’est pas exagéré d’interpréter le libellé de la licence comme exigeant des utilisateurs du logiciel sous SSPL qu’ils publient le code de tout, jusqu’à la couche la plus basse.
https://anonymoushash.vmbrasseur.com/2021/01/14/elasticsearch-and-kibana-are-now-business-risks
Tiré du site d’Elastic:

https://www.elastic.co/pricing/faq/licensing
Pourquoi ce passage à la licence SSPL
L’entreprise Elastic a estimé qu’« assez, c’est assez » et qu’elle devait protéger son produit contre les fournisseurs de services infonuagiques dont l’intention était de capter la valeur de ce même produit sans rien apporter à la communauté du logiciel libre, comme l’a exprimé Eliot Horowitz, directeur technique et cofondateur de MongoDB. Avec le PDG d’Elastic, il jugeait « inacceptable » que des entreprises comme Amazon offrent ce produit en logiciel-service sans la connaissance ni le consentement d’Elastic, tout en laissant croire à la communauté le contraire. Ils ont tenté sans succès de régler la question devant les tribunaux.
Un nouvel espoir
En réponse, AWS a annoncé qu’elle créerait et maintiendrait une bifurcation d’Elasticsearch et de Kibana sous licence Apache v2. L’entreprise a ajouté que la bifurcation était la bonne voie à suivre lorsque les besoins de la communauté divergent. Elle a insisté sur son engagement à long terme et sur sa volonté de travailler d’une manière qui favorise une pratique du logiciel libre saine et durable.
Logz.io s’est joint au débat en expliquant pourquoi le changement de licence d’Elastic, aux dépens de la communauté du logiciel libre, était selon elle « inacceptable ». Sur un ton de riposte, l’entreprise a affirmé son objectif de voir des projets menés par plusieurs organisations plutôt que par une seule entité commerciale, et son intention de collaborer avec les organisations, comme Amazon, qui croient qu’Elasticsearch et Kibana doivent rester libres.
Références
- https://anonymoushash.vmbrasseur.com/2021/01/14/elasticsearch-and-kibana-are-now-business-risks
- https://www.elastic.co/blog/doubling-down-on-open
- https://medium.com/@AIMDekTech/what-is-elasticsearch-why-elasticsearch-advantages-of-elasticsearch-47b81b549f4d
- https://www.elastic.co/blog/why-license-change-AWS
- https://aws.amazon.com/blogs/opensource/stepping-up-for-a-truly-open-source-elasticsearch/
- https://logz.io/blog/open-source-elasticsearch-doubling-down/
- https://mjg59.dreamwidth.org/51230.html
Ce billet a d’abord été publié sur https://www.tristandostaler.com/the-elasticsearch-license-saga/ le 2021-02-09.
